Crise politique : l’Opposition plurielle pose ses conditions à la CARICOM avant les élections

Port-au-Prince, 4 septembre 2026 — La question des conditions devant entourer les prochaines élections en Haïti s’est imposée au centre des échanges entre la CARICOM et les représentants de l’Opposition plurielle. À l’issue de la rencontre, le coordonnateur général de cette structure politique, Jeantel Joseph, affirme que les différents représentants de l’opposition progressiste présents aux discussions ont convergé vers une même position : la restauration de la sécurité et la réorganisation de la gouvernance doivent précéder toute consultation électorale.

Selon Jeantel Joseph, l’Opposition plurielle ne s’oppose pas au principe des élections. Elle estime toutefois qu’un scrutin ne peut être crédible dans un contexte où l’insécurité continue de priver une partie de la population de ses droits fondamentaux, notamment celui de circuler, de vivre dans son quartier et de participer librement à la vie politique.

Le responsable politique conteste également les conditions institutionnelles dans lesquelles le processus électoral est appelé à se dérouler. Il dénonce ce qu’il considère comme une concentration excessive des leviers de l’État entre les mains de l’exécutif, alors que des acteurs liés au pouvoir pourraient eux-mêmes prendre part à la compétition électorale.

Pour Jeantel Joseph, cette situation pose directement la question de l’équité du processus. « Comment organiser une compétition électorale équitable lorsque ceux qui détiennent les ressources de l’État et l’appareil sécuritaire participent eux-mêmes à la compétition ? », s’interroge-t-il.

L’Opposition plurielle réclame, dans ce contexte, le départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de son gouvernement. Elle estime que l’exécutif n’a pas apporté de réponse suffisamment efficace à la crise sécuritaire et politique qui frappe le pays.

La proposition avancée par Jeantel Joseph repose sur la mise en place d’une gouvernance bicéphale, qui aurait notamment pour mandat de rétablir la sécurité, de renforcer l’autorité de l’État et de créer les conditions nécessaires au retour des populations déplacées dans leurs zones d’origine.

Pour l’Opposition plurielle, l’urgence n’est donc pas de précipiter le calendrier électoral, mais de créer les conditions permettant à la population d’exercer son droit de vote dans un environnement sécurisé. « Nous voulons aller aux élections, mais pas sur le sang du peuple », affirme Jeantel Joseph, faisant notamment référence aux violences enregistrées à Kenscoff et aux victimes de la crise sécuritaire.

Cette prise de position traduit une volonté de l’opposition de lier directement la question électorale à celle de la sécurité nationale. Selon elle, organiser des élections sans résoudre les problèmes qui empêchent une partie de la population de retourner chez elle et de participer normalement à la vie publique risquerait de compromettre la légitimité du futur scrutin.

Le débat sur l’avenir politique d’Haïti reste ainsi ouvert. Entre la nécessité d’organiser des élections et l’exigence de rétablir un minimum de sécurité et de confiance institutionnelle, les acteurs politiques sont appelés à trouver un compromis susceptible de garantir une transition vers un ordre démocratique plus stable.

Pour Jeantel Joseph, le message adressé à la CARICOM est clair : les Haïtiens veulent retourner aux urnes, mais ils exigent d’abord de pouvoir vivre en sécurité.

Junior Garçon
Decodage Info

Share:

Author: `

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *