Haiti: Sanctions, tentative de révocation échouée: Alix Didier Fils-Aimé devient-il roi de la basse-cour?

La tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a échoué face à l’opposition de la communauté internationale. Sept des neuf membres du CPT lui reprochent son inefficacité face à la crise sécuritaire. Pourtant, Washington et ses alliés ont exigé son maintien en poste. Cette intervention révèle la dépendance du pays et soulève des questions sur la souveraineté nationale.

L’échec transforme paradoxalement Fils-Aimé en homme fort par défaut. Il est protégé par le parapluie international plutôt que par sa légitimité locale. Un “roi de la basse-cour” qui règne par la volonté d’acteurs extérieurs. Le CPT se trouve humilié, réduit à un rôle de figurant. L’un de ses membres, Fritz Alphonse Jean, vient d’être sanctionné par les États-Unis pour liens présumés avec les gangs. Une thèse balayée par le concerné.

La communauté internationale craint qu’un troisième changement de Premier ministre ne paralyse les institutions. Sa logique est pragmatique: mieux vaut un dirigeant imparfait qu’un nouveau cycle d’incertitude. Mais cette position soulève une contradiction. Comment promouvoir la démocratie tout en imposant un dirigeant contesté? Cette ingérence alimente le ressentiment et affaiblit la transition déjà chancelante.

Pour Fils-Aimé, cette protection est une bouée et un piège. Il conserve son poste mais perd en légitimité. Il devient otage de ses protecteurs et doit justifier leur confiance. Cette dépendance risque de le transformer en exécutant des priorités internationales. Les sanctions contre Fritz Alphonse Jean lui offrent toutefois un argument: se présenter comme l’homme propre face à un CPT dont certains membres sont accusés de corruption.

La population observe ce spectacle avec amertume. Cette intervention confirme la tutelle internationale. Les décisions échappent aux Haïtiens. Pendant ce temps, les gangs progressent, la faim se propage et les services s’effondrent. La “basse-cour” résonne cruellement: un espace où les acteurs locaux s’agitent sous le regard de gardiens extérieurs. Cette réalité nourrit l’impuissance et érode toute confiance.

L’avenir semble tracé dans l’impasse. Fils-Aimé dispose d’un sursis imposé pour prouver sa valeur. Le CPT ronge son frein, humilié et affaibli. La communauté internationale parie sur la stabilité immédiate au risque de compromettre la légitimité future. La souveraineté haïtienne reste théorique, suspendue entre un État défaillant et des partenaires qui financent sa survie. La vraie question: qui possède la basse-cour – et les Haïtiens pourront-ils un jour en reprendre les clés?

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