Wilson Laleau, la grande victime du rapport Beauplan : un rapport de ce rapport confirme cette affirmation

November 12, 2017
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Le nom du professeur Wilson Laleau, ancien ministre sous l’administration du président Michel Martelly, est mentionné 20 fois dans le rapport de la Commission Sénatoriale Spéciale d’Enquête sur le Fond Petro Caribe couvrant la période de septembre 2008 à septembre 2016.

Je me suis intéressé au cas spécifique de Wilson Laleau parce que d’une part, comme étudiant, je l’avais côtoyé à l’Université d’Etat d’Haïti et, d’autre part, j’ai pu remarquer que la curiosité de tout un chacun, sur les réseaux sociaux, ne se focalise que sur sa situation, à l’annonce de la publication dudit rapport.

INTERDICTION

Deux éléments peuvent expliquer cet intérêt, des uns et des autres, porté sur le cas Wilson Laleau dans le document : (1) Depuis les interdictions de départ, en veux-tu en voilà, de Danton Leger, chef du parquet de Port-au-Prince, contre les anciens dignitaires de l’administration de Martelly, un certain secteur politique tente d’exposer, sans fait, Wilson Laleau en icone de la corruption en Haïti ; (2) Aujourd’hui, Wilson Laleau dans sa position de chef de cabinet du Président de la République est considéré comme l’homme fort du pouvoir en place que l’opposition tient à déstabiliser. *Fort de tout cela, il me parait donc normal que le grand public est curieux de savoir de quelle tonne pèse le dossier Laleau dans la dilapidation du fond Pétro Caribe*. A entendre les échos, on pense que tous les soi-disant cas de corruption gravissime de Wilson Laleau sont étalés dans ce rapport.

Visitons donc ce document de 656 pages en faisant un ZOOM sur WILSON LALEAU.

Dedans, comme on l’a déjà signalé, le nom de Wilson Laleau est répertorié 20 fois. On en dit quoi à chaque fois ?

Page 20 : parlant d’une entreprise dénommée « Société d’Investissement Simon Bolivar (SAM), le rapport signale et l’on cite :

« Outre son existence, deux (2) points particuliers ont attiré notre attention :

•    Cette société qualifiée SAM, l’Etat Haïtien est partie prenante donc, actionnaire. Or, la répartition du Capital social n’est nulle part mentionnée ;

•    Conformément aux prescrits de la loi régissant les sociétés anonymes : il est fait obligation à toute entité à sa création d’ouvrir un compte bancaire à la BNC dans lequel un quart (1/4) du capital social est déposé. L’ouverture de ce compte est confirmée par l’émission d’un certificat émis par l’institution financière à cet effet.

Or, le certificat émis par le BNC est de vingt-cinq mille gourdes (HTG 25,000) ce qui constitue une anomalie dans la formation de cette société eu égard à la législation en vigueur.

*L’avis autorisant la société à fonctionner, signé par le Ministre du Commerce M Wilson LALEAU porte la date du 29 mai 2012 et, les documents y afférents sont publiés dans le Journal officiel de la République d’Haïti, le Moniteur # 84 du mercredi 30 mai 2012*.

Nous n’avons pas pu déterminer si cette société est opérationnelle ? ».  Fin de citation.

A l’analyse, quelle est l’importance de ce paragraphe mis en gras, sans une motivation politique politicienne ? N’est-il pas évident qu’on cherchait à tout prix d’associer le nom de Wilson Laleau à cette entreprise qu’on ne parvient même pas à exposer les faits opérationnels, voire identifier un quelconque cas de corruption de Wilson Laleau à travers cette entreprise ?

*Page 212* : le nom de Wilson Laleau y est mentionné comme ministre du commerce et de l’industrie, parmi tous les ministres du gouvernement de Garry Conille ayant signé la résolution du 28 février 2012.

*Page 237 et 238* : Il y est signalé que Wilson Laleau était ministre de l’Economie et des Finances du13 avril 2013 au 3 avril 2014 et ministre du Commerce et de l’Industrie dans le tableau exposant tous les ministres du gouvernement de Laurent Lamothe.

*Page 244* : le nom de Wilson Laleau y est cité en 2 fois pour ses portefeuilles ministériels parmi tous les ministres du gouvernement de Laurent Lamothe qui ont signé la résolution du 18 juillet 2012

*Page 263* : Concernant la résolution du 21 décembre 2012 signé par tous les ministres du gouvernement Lamothe, le nom de Wilson Laleau y est inscrit en 2 fois

*Page 276* : où il est question de la résolution du 11 décembre 2013, Idem

*Page 400* :  Ibidem, là il ’s’agit de la résolution du 23 juillet 2014, 4ème de l’administration Martelly-Lamothe.

*Page 413* :  là encore, le nom de Wilson Laleau est signalé dans la liste des ministres signant la résolution du 10 septembre 2014.

A ce stade, signalons, dans aucune de ces pages il n’est relaté aucun acte de corruption concernant ni près ni de loin Wilson Laleau.  On ne fait que citer son nom, à titre d’information, parmi les ministres des administrations Martelly/Conille et Martelly/Lamothe sur 6 résolutions adoptées en conseil de ministres.

*Page 418* : Nous sommes au 15 avril 2015 dans le rapport, il est dit qu’une nouvelle résolution a été prise à cette date par l’administration Martelly/Paul et en ce temps-là, parmi les ministres, il y avait Wilson Laleau à l’Economie et des Finances. Corruption ? rien n’est reproché à Wilson Laleau

*Page 444* : Le rapport signale que la firme IBT Group Haïti qui a eu un gros contrat avec l’Etat Haïtien a été enregistré dans le pays en mars 2013 avec l’autorisation de Wilson Laleau comme ministre du Commerce et de l’Industrie.

Autorisation ? ce mot a été choisi à dessein politicien pour laisser planer un certain doute sur la personne de Wilson Laleau, comprend-on, car il n’est nullement spécifié dans le texte si cette autorisation était écrite ou verbale. Cette insinuation n’est autre que criminelle.

*Pages 450 et 470* : dans ces pages le nom de Wilson Laleau est mentionné parmi les ministres de l’administration Martelly-Paul ayant adopté la résolution du 22 juillet 2015.

Jusque-là, rien ayant rapport à un quelconque détournement du fond Petro Caribe n’est reproché à Wilson Laleau.

*Pages 526* : Le nom de Wilson Laleau y est imprimé seulement au point 10 sur les 12 énumérés. Cette page nous propose à lire ce qui suit :

« Fort des considérations qui précèdent la CSSE croit pouvoir déclarer que le Fonds PETRO CARIBE a été l’objet de détournement, de concussion, de malversation et prévarication de la part de ceux et celles qui sont indexé dans le présent rapport. Les cas spécifiques qui ont retenu l’attention des Commissaires et pour lesquels la Commission attire particulièrement l’attention tournent autour des sujets suivants :

1- Les prélèvements obligatoires de l‟acompte de 2% au profit de la DGI, dans Presque tous les cas, n‟ont pas été effectués

2- Toutes les firmes Dominicaines et certaines firmes haïtiennes n’étaient pas éligibles au moment de la signature des contrats.

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3- La route du Cerca Cavajal : Le nombre de Km de la route est inférieur à celui défini dans le contrat. Elle mesure en réalité 10.5 Km alors que le ministère de la Planification et de la Coopération Externe a payé pour 17 Km. […]

10- *Intervention directe de certains Ministres des finances au Fond du BMPAD dont Wilson LALEAU, pour effectuer des décaissements sans aucune résolution en conseil des ministres*. Fin de citation.

A l’analyse, pourquoi ce « dont Wilson Laleau » ? Ce « dont » politicien qui ne fait qu’avilir d’avantage le rapport.

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Signalons que de septembre 2008 à septembre 2016, le pays a connu 6 ministres de l’Economie et des Finances : Daniel Dorsainvil, Ronald Bodin, André Lemercier Georges, Marie Carmelle Jean-Marie, Wilson Laleau et Yves Romain Bastien. Pourquoi donc ce focus Wilson Laleau ?

Quelle est la valeur technique de « ce dont Wilson Laleau » dans ce rapport qui se veut technique ? Parlant d’intervention directe au Fond du BMPAD, quel est le contenu de ces interventions ? Existe-il quelque part un ordre de décaissement signé par ces ministres des finances, « dont Wilson Laleau » ou « spécialement Wilson Laleau » sans la parapluie d’une résolution en conseil des ministres ? Ce sont là des questionnements qu’un rapport purement technique anticiperait.

*Pages 528* : Dans sa conclusion, la commission recommande que l’action publique soit mise en mouvement contre Wilson LALEAU, ex Ministre des Finances, pour détournement ou dissipation de deniers publics.

Ici, c’est la 20ème et la dernière fois que le nom de Wilson Laleau est cité dans le rapport. A part 3 insinuations vagues aux pages 20, 444 et 526, nulle part, le développement du rapport ne fait état d’aucun acte concret de détournement ou de dissipation de deniers publics posé par Wilson Laleau. Pourtant, les sénateurs commissaires décident de taxer Wilson Laleau de tels actes. Sommes-nous sérieux dans ce pays ? De quelles valeurs provenons-nous ?

*Je ne suis pas l’apologiste de Wilson Laleau*. Loin de cette idée. Mais comme la guerre a sa morale, je crois que la politique a la sienne, spécialement en démocratie. Cette doctrine ne supprime pas la bataille d’image dans l’arène politique, j’en suis conscient. Cependant, elle lui impose une forme et des règles. La plus importante d’entre cette dernière est que la lutte pour la meilleure des images dans l’espace politique  doit être construite sur les faits et les évidences, non sur les spéculations, les insinuations et la mauvaise foi.

On constate, pour se refaire une beauté, après ces décennies de mal-être, Lavalas et co se lancent dans une guerre sans merci contre PHTK pour le pouvoir. Ils s’y permettent tous les coups dont celui de ternir l’image de Wilson Laleau parce qu’on sait qu’il est sensible pour sa réputation et estime qu’un Wilson Laleau, qui a propulsé Jovenel Moise au-devant de la scène, hors-jeu peut leur être utile pour 2022.

Enfin, je finis par comprendre  que l’importance du rapport Beauplan pour ses commanditaires n’est ni dans la légalité ni dans le besoin d’une Haïti prospère et sans impunité mais dans la perception. La bataille de la perception, et du positionnement. Ce samedi matin à l’émission Ranmase, le secrétaire général de la FUSION, Rosemond Pradel, en a vendu la mèche. Il a déclaré et je cite « On doit faire une grande campagne de vulgarisation autour de ce rapport » tout en admettant le contenu du document n’a aucune valeur de justice.

On est donc à ce carrefour « tout tivis » de notre histoire, peu importe le pays, peu importe les hommes et les femmes honnêtes de ce pays.

*Eliacin Jean-Pierre*

Politologue et Gestionnaire

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